Lorsque Salvador Dalí et Luis Buñuel se rencontrent au tournant des années 1920, le surréalisme français conquiert Paris. Mais ces deux créateurs espagnols, formés à Madrid et portés par une vision onirique commune, décident de libérer l'inconscient par le cinéma brut. Un chien andalou (1929), court-métrage de seize minutes co-écrit et réalisé par Buñuel selon les images mentales que Dalí transpose de son univers pictural, devient le manifeste surréaliste à l'écran. La collaboration révèle une alchimie unique : Dalí apporte à Buñuel sa méthode paranoïaco-critique, ce processus de délire contrôlé qui engendre les visions les plus étranges. La scène de l'œil tranché, image totémique du film, incarne cette volonté de violenter la perception du spectateur, de briser les conventions narratives comme le peintre brise la réalité sur la toile. Buñuel, quant à lui, donne une texture cinématographique à l'architecture onirique de Dalí, transformant rêves plastiques en séquences hallucinantes. Ce court-métrage reste le pont exemplaire entre deux disciplines : la peinture surréaliste trouve sa voix cinématique, tandis que le cinéma d'avant-garde acquiert la densité poétique des images oniriques. Bien que leur collaboration ne dure qu'une année avant des divergences idéologiques et créatives, Un chien andalou scelle à jamais l'union entre Dalí et Buñuel comme inventeurs du surréalisme filmé.
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