Molière et Jean Racine structurent le théâtre français du XVIIe siècle en incarnant deux visions radicalement opposées de la scène. Contemporains du règne de Louis XIV, ils conquièrent les salons parisiens par des chemins diamétralement contraires. Molière arme la comédie de l'énergie burlesque et de la satire : il dénonce l'hypocrisie religieuse dans Tartuffe, démonte l'avarice dans L'Avare, tourne en ridicule les pédants des Femmes savantes. Racine, lui, approfondit les passions humaines dans l'austérité de la **tragédie classique**, explorant les tourments de la conscience intime. La **rivalité** entre ces deux maîtres n'est pas seulement d'ordre stylistique : elle structure aussi le marché dramatique parisien, chacun monopolisant les meilleures scènes et le patronage royal. Loin de s'annuler, leurs approches opposées forgent ensemble l'essence du théâtre classique français. À la mort de Molière en 1673, Racine poursuit seul l'exploration des abîmes humains tandis que ses successeurs comiques perpétuent la critique du réel. De leur **antagonisme fécond** naît la totalité du projet dramatique classique : d'un côté le spectacle de la société, de l'autre la profondeur de l'âme.
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