Au cœur du Londres des années 1830-1860, deux univers s'ignorent en apparence mais se nourrissent d'une même obsession. Charles Babbage, mathématicien de génie, consacre sa vie à construire les **machines à calculer** — la Difference Engine, puis l'Analytical Engine, ancêtres directs de l'ordinateur moderne. Charles Dickens, quant à lui, grave dans le roman l'image de cette époque : une civilisation lentement absorbée par ses propres **mécanismes**. Le lien n'est pas textuel mais profondément philosophique. Dickens documente littérairement ce que Babbage édifie techniquement : l'entrée dans un monde régi par la précision, la statistique, l'automatisation. Dans *Hard Times*, son pamphlet romanesque contre l'utilitarisme, il met en scène des personnages réduits à des **fonctions**, niés dans leur humanité. Or Babbage, en rêvant de machines capables de tout calculer, pose la question que Dickens pose en contre-jour : que devient l'homme quand la **raison instrumentale** s'empare de la civilisation ? Le romancier et le savant ne conversent pas, mais habitent le même cauchemar victorien — celui où le calcul absorbe le sensible. Dickens le crie ; Babbage le construit méthodiquement.
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