Victor Hugo n'a jamais caché son admiration pour **William Shakespeare**. Au début du XIXe siècle, quand les adaptations du dramaturge anglais inondent les scènes parisiennes, le jeune Hugo découvre une écriture qui dynamite les conventions de son temps. Shakespeare devient pour lui le modèle absolu du **drame moderne** : une forme théâtrale qui refuse de séparer le tragique du comique, qui mêle les rois aux gueux, qui brasse la poésie et le langage cru sur une même scène. Cette leçon shakespearienne s'incarne magistralement dans la **Préface de Cromwell** (1827), où Hugo théorise le drame romantique en s'appuyant explicitement sur l'exemple du génie élisabéthain. Pour Hugo, Shakespeare a libéré le **théâtre** des unités classiques : point de séparation artificielle entre les genres, mais un mélange fertile qui reflète la complexité de l'âme humaine. Hernani, Lucrèce Borgia, Ruy Blas portent tous cette empreinte profonde. Les personnages hugoliens dialoguent avec l'héritage shakespearien : même passion destructrice, même contraste entre beauté et violence, même conviction que le théâtre doit peindre la totalité du monde, pas seulement ses apparences policées. Shakespeare ne fut pas un ancêtre lointain, mais un **compagnon de révolution esthétique**.
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