William Blake, dès 1790, proclame dans son *Marriage of Heaven and Hell* une maxime qui franchit un seuil : **« Tout ce qui vit est saint »**. Ce poète visionnaire forge une critique radicale de la morale ordinaire, celle qui bride l'énergie vitale au nom de la conformité religieuse. Il dénonce l'obéissance servile comme une **négation du génie créateur**. Deux générations plus tard, Friedrich Nietzsche entreprend précisément cette révolte en philosophe, construisant une généalogie de la morale où celle-ci apparaît comme assujettissement. Son concept de morale « des esclaves » et sa **réaffirmation vitale** reprennent Blake à un nouveau niveau d'abstraction. Nietzsche ne cite jamais Blake directement, pourtant le pont existe entre le visionnaire qui chante l'imagination libérée et le penseur qui philosophe cette libération. Le trait d'union réside dans ce refus partagé de la **culpabilité ordinaire**, dans la conviction que l'existence ne doit pas se soumettre au verdict moralisateur du conformisme. Blake le dit en images et prophéties. Nietzsche le dit en concepts et aphorismes. L'un peint la révolte ; l'autre la pense.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.