Entre les gravures prophétiques de William Blake et les toiles épiques d'Eugène Delacroix s'établit une **convergence visionnaire** qui transcende frontières et disciplines. Dès la fin du XVIIIe siècle, le poète-graveur anglais façonne un langage hybride où texte et image se nouent, où chaque trait grave des univers intérieurs avec l'intensité d'une révélation mystique. Delacroix, né en 1798, hérite de cet héritage romantique qui **élève l'imagination** contre le servage de l'académisme. Tous deux refusent l'imitation stérile : Blake invente des mythologies strictement personnelles, peuplées d'êtres surnaturels ; Delacroix libère la couleur du dessin classique et la charge d'une dramaticité quasi apocalyptique. Ce qui les rapproche essentiellement, c'est la conviction profonde que l'artiste **ne reproduit pas le monde, il le prophétise**. Par la ligne, la teinte, la composition vibrante, l'un et l'autre saisissent l'ineffable, transformant le visible en langage de l'âme. Le Romantisme qui les nourrit valorise cette **prophétie visuelle** comme essence de l'art authentique. Blake grave *Jérusalem* céleste ; Delacroix peint *La Liberté guidant le peuple* — deux faces d'une même aspiration à l'élévation spirituelle par le visuel. En cela demeurent-ils frères, séparés par l'océan mais réconciliés par l'ambition commune de transfigurer le réel.
Convergence indépendante, sans contact documenté.