Walt Whitman, par ses "Feuilles d'herbe", a créé une poétique du **vers libre démocratique** qui franchirait les mers jusqu'à Pablo Neruda. Le poète chilien, composant son "Chant général" (1950), redéploie l'épopée moderne en empruntant les techniques whitmanniennes : énumération débridée, abandon de la ponctuation régulière, apothéose du peuple dans toute son énergie brute. Neruda ne reproduit pas Whitman ; il saisit son **impulsion épique** pour construire une autre Amérique, celle du Sud, avec ses terres et ses révoltes. Là où Whitman avait chanté l'individu et la masse états-unienne, Neruda transpose cette voix collective pour les peuples d'un continent longtemps silencié. Le lien se noue moins dans une filiation formelle directe que dans l'héritage d'une **poésie libérée**, arrachée à la métrique académique pour mieux étreindre le réel vivant. C'est en ce sens que le "Chant général" porte l'écho de Whitman : non par mimétisme, mais par une filiation d'intentions où poésie et démocratie se révèlent inséparables.
Lien probable, faisceau d'indices.