Vivienne Westwood et Marcel Duchamp séparent un demi-siècle et deux continents, mais partageaient une même arme conceptuelle : l'insolence envers le système. Le couturier britannique des années 1970 trouvait dans le **détournement** ce que le maître du Dadaïsme avait découvert en 1917 avec son urinoir signé *Fountain* : la capacité de l'ordinaire à devenir scandaleux dès qu'on le regarde de travers. Westwood incisait les uniformes écoliers, fragmentait les vêtements « propres » avec des lacérations délibérées, forçait le spectateur à reconsidérer ce qui se portait. Duchamp, lui, avait d'abord volé le quotidien des usines américaines pour le placer en galerie, transmutant l'objet par le geste seul. Leurs deux créations opèrent selon un même principe : **déplacer l'objet de son contexte** pour en révéler l'absurdité cachée. Pour Westwood, la rébellion passait par le vêtement comme manifeste vivant ; pour Duchamp, elle passait par l'effacement programmatique de la différence entre art et non-art. Tous deux refusaient la création au sens romantique ; ils préféraient **brouiller les frontières**, transformer le geste de sélection ou d'agression en acte esthétique majeur. C'est cette généalogie de l'irrespect, transmise par l'attitude plus que par la technique, qui relie le punk de King's Road au ready-made de Manhattan : deux formes d'iconoclastie moderne.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.