Avant Kandinsky, peindre rimait avec figurer. Après lui, l'image pouvait s'effacer. Le créateur russe établi à Munich ne rejetait pas la tradition par une révolte de jeune peintre : il édifiait une doctrine. En 1911, *Du spirituel dans l'art* en pose les fondations : si la **couleur agit comme la musique**, si l'**abstraction répond à une nécessité spirituelle**, alors la forme n'a plus rang de loi. Entre 1910 et 1913 naissent des compositions sans horizon ni silhouette, réduites à des géométries pulsantes et des jeux de teinte que rien du monde visible n'explique. L'**art abstrait** sort de cette conviction. Kandinsky ne le promulguait pas pour scandaliser : il voyait dans l'absence de référence figée une réconciliation avec les dimensions secrètes de l'esprit. À lui seul, ses toiles démirent la peinture de son devoir de vraisemblance, ouvrant aux générations suivantes la possibilité de réinventer l'image. Cette rupture philosophique, pas seulement formelle, fait de Kandinsky le fondateur historique de ce que le XXe siècle apprendrait à reconnaître comme la **peinture abstraite**.
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