Thelonious Monk n'a jamais attendu le **jazz modal** pour déconstruire l'harmonie du bebop et du swing. Dès les années 1940, ses compositions et improvisations révèlent une pensée radicalement différente de ses pairs : au lieu de naviguer entre des accords de dominante et de sous-dominante, Monk accumule des voicings **dissonants**, des notes évidemment "fausses" qui sonnent justes, des silences qui racontent autant que les notes. Cette approche extraordinairement libre — soustraire plutôt qu'ajouter — prépare directement le terrain que le **jazz modal** cultiverait une décennie plus tard. Quand Miles Davis et Coltrane s'éloignent des enchevêtrements harmoniques du bebop pour explorer les **modes majeurs et mineurs** comme structures organiques, ils héritent de la permission que Monk a déjà arrachée : celle de traiter l'harmonie non comme un édifice immuable, mais comme un matériau vivant à réinventer. « Round Midnight » en est la preuve manifeste — une composition où l'harmonie respire à son propre rythme, indifférente aux conventions. Les modernistes modaux reconnaîtront dans ces libertés harmoniques une kinship profonde : Monk a déjà montré que le jazz pouvait exister en dehors des grilles étouffantes, que la couleur harmonique importait plus que la codification.
Lien probable, faisceau d'indices.