La **Bibliothèque de Babel** de Jorge Luis Borges, construite en 1941, décrit un univers de galeries infinies où s'empilent tous les livres concevables — architecture vertigineuse d'une combinatoire exhaustive où chaque ouvrage coexiste dans l'éternité. Un demi-siècle plus tard, Stephen Hawking redéfinit l'infini cosmique via la **physique quantique** et les **univers multiples** : chaque possibilité quantique engendre une branche d'univers distinct, une ramification infinie où cohabitent réalités parallèles. Entre la vision borgesienne et le multivers hawkingien émerge une parenté vertigineuse. Dans les deux univers — littéraire et physique — l'infini n'est plus abstraction mais structure : totalité énumérante, architecture où chaque élément coexiste sans privilège hiérarchique. Pour Hawking, la fiction de Borges illuminait une intuition scientifique profonde : le cosmos échappe à la description unique, se déploie en infinités parallèles, trop vaste pour être observé depuis un point fixe. Ce dialogue croisé entre littérature et physique moderne montre comment deux penseurs, séparés par discipline et géographie, reconnaissent l'infini comme énigme partagée — pas simple énigme métaphysique, mais défi épistémologique où le langage lui-même atteint ses limites.
Lien probable, faisceau d'indices.