Ravi Shankar et John Coltrane figurent parmi les géants de la musique du XXe siècle, et bien que leurs chemins aient divergé — l'un enraciné dans la musique classique indienne, l'autre révolutionnaire du jazz américain —, une influence profonde a traversé ces univers. À la fin des années 1950, alors que Coltrane explorait les limites de l'harmonie occidentale, il a découvert dans la **raga** indienne une philosophie musicale radicalement différente : l'idée d'une **modalité infinie**, libérée de la prison des progressions d'accords. Ravi Shankar, maître incontesté du **sitar**, incarnait cette dimension. Son approche, fondée sur l'improvisation structurée dans un mode unique et la **rasa** (émotion riche), a profondément marqué Coltrane. Celui-ci ne s'inspirait pas tant des mélodies que de la **philosophie de déploiement** : comment explorer exhaustivement un espace tonal sans quitter son assise modale. Cette influence transparaît dans des compositions comme « Impressions » ou les suites de son dernier disque « A Love Supreme ». L'échange ne fut pas unilatéral : Coltrane, par son audace harmonique et spirituelle, a aussi conforté Shankar dans l'idée que la profondeur musicale transcendait les frontières géographiques. Leur rencontre symbolise le moment où la musique classique indienne a cessé d'être une curiosité exotique pour devenir une source vitale d'**innovation modale**, reconfigurant le jazz américain.
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