Paul Verlaine n'a jamais peint, mais il a fourni au Symbolisme pictural ses plus beaux rêves. La révolution qu'il impose en poésie — celle de la **suggestion** contre la description, du **flou** comme force esthétique — essaime rapidement dans les ateliers symbolistes. L'*Art poétique* (1882) devient le manifeste invisible de peintres comme Gustave Moreau, Maurice Denis ou Aman-Jean. « De la musique avant toute chose » : cette formule, écrite pour les vers, mue les toiles. Les peintres symbolistes reconnaissent en Verlaine le libérateur : celui qui leur a montré qu'on pouvait peindre l'ineffable, que le **mystère** était plus vrai que la ressemblance. Lire le poète, c'est découvrir qu'une toile n'est pas une fenêtre ouverte sur le monde, mais un portail vers l'**essence** invisible des choses. Le refus verlainien du contour verbal s'incarne dans le refus de la perspective linéaire ; la peinture devient méditation plutôt que représentation. Ce n'est point la peinture qui vient chercher du secours dans la poésie — c'est la poésie verlainienne qui donne aux peintres la permission d'être énigmatiques, **prophétiques** même. Le Symbolisme pictural est d'abord une fidélité au geste déjà accompli par le poète.
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