Paul Signac (1863-1935) n'est pas qu'un peintre parmi les néo-impressionnistes : il en devient le penseur systématique. Rencontrant **Georges Seurat** dans les années 1880, il adhère au **divisionnisme**—ce rejet radical de la touche impressionniste spontanée au profit de points de couleur juxtaposés, fondés sur les lois optiques. Mais Signac franchit un pas décisif en théorisant cette pratique. Son essai majeur, *D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme* (1899), ordonne le mouvement en généalogie scientifique et artistique, établissant comment les travaux de **Chevreul** sur la simultanéité des couleurs légitiment le **pointillisme** comme logique de vision. Cette synthèse transforme une technique en philosophie de l'image : plus d'empirisme, mais une **science coloriste** où chaque point répond à une géométrie perceptive. Signac prolonge ensuite sa réflexion par les formes, explorant le rôle des directions de touche (horizontales, verticales, diagonales) comme porteurs de sens émotionnel. Ainsi, le néo-impressionnisme en tant que mouvement cohérent et transmissible doit beaucoup à Signac. Par lui, la peinture cesse d'être intuition solitaire pour devenir corpus accessible, où théorie et geste se nouent inséparablement.
Lien documenté.