Orson Welles achève *Citizen Kane* en 1941 en cinéaste qui a compris Nietzsche. Le film n'adapte rien : il transfigure une vie en expérience philosophique. Charles Foster Kane incarne le **surhomme en faillite**, celui que la **volonté de puissance** consume à mesure qu'elle se déploie. Parti de zéro, Kane bâtit un empire médiatique, écrase les consciences, impose sa vision du monde — c'est exactement l'énergie nietzschéenne qui forge les valeurs. Mais le film refuse tout apothéose. Comme Nietzsche le pressent dans l'Übermensch, la puissance dépourvue de sagesse se retourne en toxine. Les murs de Xanadu s'amoncellent d'objets inanimés ; l'homme s'y perd en oubliant ce qu'il poursuivait. Welles ne documente pas Nietzsche. Il l'invente visuellement. La **structure fragmentée** du récit — sept voix, sept vérités contradictoires — mime la polyphonie nietzschéenne, cette destruction patiente des absolus. La caméra **pénétrante**, parfois agressive, révèle l'absence du centre, le vide que la volonté masquait. Ces ombres courbes, ces plongées vertigineuses constituent une **signature formelle** : la composition elle-même raisonne en philosophe. Welles prouve que Nietzsche et lui parlent le même idiome — celui où le génie crée ses propres tables de valeurs et accepte son isolement radical.
Lien probable, faisceau d'indices.