Le théâtre de Molière fonctionne comme une **anatomie de l'âme**. Ses personnages ne sont jamais ce qu'ils paraissent : le dévot Tartuffe dissimule la convoitise, le misanthrope Alceste défend une femme qu'il haït, Harpagon que gouverne une avarice inavouée. Molière excavait les ressorts cachés de la conduite, ces motivations **inconscientes** que les personnages eux-mêmes ignorent. Il mettait en scène des **contradictions psychiques** : l'écart abyssal entre le masque social et le désir véritable. La comédie naît de cette fracture. Deux siècles plus tard, Sigmund Freud systématisera ce que Molière avait déjà dramatisé. La psychanalyse invente le vocabulaire de l'inconscient, formalisant ce que le dramaturge montrait : nous sommes gouvernés par des forces qui échappent à notre conscience. Le génie de Molière était de transformer ce savoir implicite en révélation comique. Le rire du spectateur naît du choc de reconnaissance : il se voit dans ces masques déchirés, ces désirs avoués malgré soi. Entre Molière et Freud s'établit une **consonance épistémologique**. Le théâtre des masques du XVIIe siècle préfigure la clinique de l'inconscient du XXe. Tous deux énoncent une vérité identique : l'homme n'est jamais maître chez lui.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.