Lorsque Michel Foucault redécouvre Nietzsche au milieu du XXe siècle, c'est moins la volonté de puissance qui le fascine que la méthode généalogique : ce travail obsédé de remonter aux origines pour exposer les fictions que nous prenions pour des vérités éternelles. Nietzsche avait démontré comment les valeurs morales n'étaient pas transcendantes mais forgées par des forces historiques. Foucault transpose cette démarche aux institutions modernes. Dans *Surveiller et punir* et *La Volonté de savoir*, il demande : qui a vraiment décidé que la **sexualité** était une vérité cachée du sujet ? Qui a construit cette **pastorale** où l'individu confesse ses secrets pour être gouverné ? La **généalogie du pouvoir** devient alors l'instrument par lequel on dissipe les évidences — non pas pour révéler une essence enfouie, mais pour montrer comment le **pouvoir produit la réalité** dont il parle. Foucault ne cite Nietzsche que rarement dans ses publications, préférant l'absorption silencieuse. Mais les philosophes le reconnaissent : sans la généalogie nietzschéenne, pas de Foucault. Les deux penseurs partagent cette conviction que **la pensée critique doit d'abord désapprendre**, refuser les catégories héritées, et écrire l'histoire des vaincus.
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