Franz Kafka n'a pas connu la Shoah, mais son œuvre porte les empreintes digitales d'une **menace métaphysique** transformée en système. Art Spiegelman, en créant Maus, choisit délibérément d'inscrire son récit graphique dans cet héritage kafkaïen : la **culpabilité**, l'**absurde** et la question du **comment nommer l'innommable**. Chez Kafka, la bureaucratie devient créature écrasante ; chez Spiegelman, elle est le mécanisme même de la Shoah. Le lien ne réside pas dans l'événement, mais dans la **stratégie narrative**. Les deux auteurs refusent la clarté rédemptrice. Kafka écrit des monologues intérieurs écrasants, des lettres infinies ; Spiegelman superpose les voix — celles de son père, son trauma personnel, l'Histoire collective. La bande dessinée ici ne distrait pas, elle **prolonge** le texte : image et langage enchaînent séquence après séquence, créant une spirale de sens où chaque vignette prolonge l'absence de solution. Cette convergence révèle comment le **dessin hérite de la prose** dans la transmission d'une **littérature de survivance**. Kafka anticipait une posture face à l'intolérable ; Spiegelman la concrétise graphiquement, preuve que l'indicible change de langue sans perdre son poids.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.