Mœbius n'hérite d'Hergé qu'à revers. Quand **Tintin** établit dans les années trente la tyrannie de la **ligne claire** — ce système graphique où la narration domine l'espace de la page —, le dessinateur de **Blueberry** surgit dans les années soixante avec une ambition radicalement inverse. Il reprend du **réalisme scénaristique** d'Hergé, cette manière de construire des mondes cohérents et explorables, mais il la redéploie entièrement dans une **géométrie déstabilisée**. Les pages de Mœbius ondulent, se fractionnent, jouent avec la perspective comme si la surface même de la bande dessinée pouvait se tordre. C'est une subversion formelle extrême : là où Tintin impose l'ordre et la clarté, Mœbius cultive l'instabilité vertigineuse. Pourtant, sans la structuration formidable d'Hergé, sans cette preuve fondatrice qu'on pouvait construire des histoires sophistiquées dans la case, Mœbius n'aurait pas pu explorer le terrain plastique qu'il défend. Il prolonge donc par la négation — en transformant chaque principe en son contraire, il confirme la puissance de celui qu'il dépasse.
Lien probable, faisceau d'indices.