L'influence de Kant sur Wittgenstein ne s'affirme pas par une filiation textuelle directe, mais par une convergence profonde dans l'approche du **problème du langage**. Les deux penseurs partagent l'idée fondatrice que nombre d'impasses philosophiques proviennent moins de mystères ontologiques que de malentendus sur nos capacités à signifier. Kant avait diagnostiqué comment la métaphysique déraille quand l'entendement s'aventure au-delà des limites de l'expérience possible — là où le langage ne peut plus s'arrimer à aucun objet. Wittgenstein radicalise cette critique : pour lui, les énigmes de la philosophie naissent de la **confusion grammaticale**, d'une méprise sur les usages de nos mots. Dans le *Tractatus Logico-Philosophicus*, puis dans les *Recherches philosophiques*, l'enjeu demeure kantien : distinguer ce qui peut être dit de ce qui doit rester indicible. C'est dans ce célèbre aphorisme — « dont on ne peut parler, il faut se taire » — que se cristallise le passage du diagnostic kantien vers une **poétique du silence**. Tous deux refusent que l'inexplicabilité soit énigme : c'est plutôt la signature d'une question mal formulée, d'une grammaire tordue qui prétend signifier l'insignifiable.
Lien probable, faisceau d'indices.