Odes à la nature tourmentée, célébrations de l'**ivresse** libératrice, défiance envers l'ordre établi : **Li Bai**, le poète de la **Tang** du VIIIe siècle, profile une sensibilité que l'Occident ne reconnaîtra que dix siècles plus tard. Ses vers exaltant les montages sauvages, le vin comme accès à la vérité, et l'**individu libre** face aux conventions sociales semblent écrits pour résonner dans l'oreille des **Romantiques**. Longtemps demeurée peu connue du public européen, cette poésie surgit auprès des peintres et poètes du XIXe siècle avec une fulgurance qui les stupéfie : ici enfin, chez un lointain ancêtre, la même glorification du **sentiment** sur la raison, du **paysage sublime** comme miroir de l'âme, de la **rébellion** contre l'académisme. La redécouverte de cette poésie, notamment par les traductions du XIXe siècle, ne ramène pas une influence directe mais plutôt une convergence troublante. La **peinture romantique**, avec ses cieux tourmentés et ses figures minuscules dominées par une nature grandiose, n'emprunte pas à Li Bai ; elle trouve en lui, rétrospectivement, un miroir inattendu. Ce paradoxe double-t-il la puissance du **Romantisme** : d'incarner un élan universel, attesté par des voix que séparent océans et millénaires.
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