En 1902, Georges Méliès projette **Le Voyage dans la Lune**, film de quatorze minutes où la logique du réel se dissout dans un pur produit de l'imagination. Cette première odyssée cinématographique révolutionne le spectacle par des **trucages visuels** jusqu'alors inconcevables: surimpression, substitution, décors peints d'une théâtralité délibérée. Méliès ne représente pas le monde — il le **peint à la caméra**. Deux décennies plus tard, le Surréalisme naît du Manifeste de Breton (1924) en quête d'une esthétique de l'irrationnel, du rêve, de l'inconscient libéré. Or les peintres (Dalí, Magritte, Ernst) et cinéastes surréalistes découvrent chez Méliès une grammaire préexistante: celle de l'impossible rendu visible, du **trucage comme arme poétique**. Buñuel verra dans *Un Chien andalou* (1929) l'héritage mélièsien de la rupture logique; Cocteau empruntera au cinéaste de 1902 cette fusion du spectaculaire et du onirique. Méliès a ainsi ouvert, depuis le cinéma, les portes de la peinture surréaliste — prouvant qu'une **image mouvante peut engendrer une révolution picturale**.
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