*La Métamorphose* et Samuel Beckett unissent leurs destins par une transmission de l'**absurde existentiel**. Paru en 1915, le chef-d'œuvre kafkaïen — où Gregor Samsa se transforme en vermine sans raison apparente — révèle un univers vidé de sens. Beckett y découvre sa propre quête : comment faire monter à la scène cette **dépersonnalisation** vertigineuse ? *En attendant Godot* répond. Aucune métamorphose physique ici, seulement l'enfermement dans une attente qui ronge toute certitude. Là où Kafka opère par la transformation du corps, Beckett intériorise — ce qui s'effondre, c'est la conscience, pas le personnage. Filiation rigoureuse : tous deux refusent la consolation narrative. Le héros kafkaïen succombe sans comprendre ; les personnages beckettiens parlent à perte de vue pour ne rien dire. L'influence du Pragois sur le Français jaillit de cette **conviction commune** : la conscience moderne baigne dans l'insignifiance. De cette féconde rencontre entre deux mondes littéraires naît le théâtre absurde.
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