La **Métamorphose** de Kafka et l'univers comique de **Charlie Chaplin** émergent d'une même intuition de l'époque : l'industrialisation effrénée du début du XXe siècle et l'aliénation qu'elle produit. Publiée en 1915, la novella kafkaïenne transforme Gregor Samsa en insecte—métaphore radicale de la dépossession face à la machine économique. Simultanément, Chaplin incarne **Charlot**, le petit vagabond dont la gestuelle muette traduit l'absurde d'un univers hostile. Ces deux créations partagent un diagnostic identique : l'humanité réduite à néant par des forces impersonnelles, bureaucratiques. Kafka torture son lecteur par une logique hallucinatoire de l'absurde ; Chaplin provoque le rire—noir, grinçant, libérateur. En 1936, *Modern Times* cristallise cette rencontre imaginaire : la chaîne de montage devient le sujet même du film, réduisant l'ouvrier à un rouage mécanique. Deux langages radicalement différents—le texte reclus et le spectacle gestuel—dialoguent pour crier la même révolte : **l'écrasement de l'individu par la machine sociale**. En cela, Kafka et Chaplin constituent un pont entre littérature et cinéma, unifiés par la vision tragique d'une modernité déshumanisée.
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