Le personnage de Meursault, dans *L'Étranger* (1942), frappé par la critique pour son indifférence apparente, incarne une radicalité philosophique souvent méconnue. Face au tribunal, à la mort, aux attentes sociales, il refuse l'alibi de la culpabilité comme du repentir — non par cynisme, mais par une lucidité qui regarde le monde sans voile. Cette acceptation sans détour du réel rejoint l'**amor fati** nietzschéen, ce consentement profond à la totalité de son existence, y compris ses aspects les plus durs. L'**Éternel Retour** nietzschéen — cette expérience mentale où le penseur demande « Veux-tu que ta vie se répète éternellement ? » — trouve son écho chez Camus dans cette acceptation radicale du destin. Certes, Nietzsche affirme une volonté créatrice quand Meursault demeure passif ; reste que tous deux démantèlent les illusions morales traditionnelles. Camus, lecteur du penseur allemand, ne l'ignorait pas : cette rencontre entre le roman français et la philosophie allemande dessine un pont essentiel où la littérature de l'absurde dialogue avec la radicalité existentielle.
Lien probable, faisceau d'indices.