Lorsque John Locke rédige son *Essai sur l'entendement humain* (1689), il n'écrit pas en philosophe isolé mais en lecteur attentif de **Isaac Newton**. La révolution que Newton impose à la physique — celle d'un univers régi par des lois mathématiques précises, éternel mécanisme — irradie jusqu'à l'épistémologie du penseur anglais. Locke transpose cette rigueur dans le domaine de la connaissance : si le cosmos obéit à des principes constants et observables, comment l'entendement humain ne procéderait-il pas de même ? La distinction lockienne entre **qualités premières** (étendue, solidité, figure) et **qualités secondes** (couleur, son, goût) s'enracine directement dans la conception newtonienne d'une matière objective et mathématisée. Les qualités premières correspondent à ce que la physique détermine ; les secondes relèvent de la perception subjective. Tous deux, en contemporains de la Royal Society, partagent cette conviction que la nature parle un langage rationnel. Newton formule les équations de ce langage ; Locke en tire les conséquences philosophiques pour la pensée. C'est ainsi que l'**empirisme** — doctrine centrale de Locke — devient possible : en s'appuyant sur une nature ordonnée, gouvernable, **observable**, comme celle que Newton vient de décrire aux yeux du monde savant. Le pont Philosophie-Science s'y forge définitivement.
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