Rûmî et Coltrane : deux êtres séparés par sept siècles mais unis par la même conviction — que l'art est un pont vers l'**extase spirituelle**. Le poète soufi persan (1207-1273) a codifié cette quête dans les versets du *Masnavi* et surtout dans la **danse tournante** du samâ, où le corps devient prière. Le saxophoniste afro-américain (1926-1967) emprunte une voie radicalement différente, celle du jazz libre, mais arrive à la même destination mystique. Son album *A Love Supreme* (1964) n'est que la traduction sonore de ce qui animait Rûmî : l'idée que l'art **transcende le moi** pour ouvrir un dialogue direct avec le divin. Ce qui les rapproche vraiment, c'est la **matière brute de l'expression**. Rûmî distillait le **dhikr** — la répétition rituelle du nom divin — dans ses poèmes ; Coltrane la manifeste par *Sheets of Sound*, ses cascades mélodiques où chaque note devient acte de dissolution. Les deux comprennent que la **répétition spirituelle** n'est jamais monotone : elle creuse, elle élève. Et c'est pourquoi, quatre siècles après le dernier souffle du mystique persan, l'Américain respire dans son saxophone la même quête inépuisable du dépassement.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.