Jean Racine n'invente pas le théâtre : il l'épure selon une architecture léguée par Aristote, philosophe grec du IVe siècle av. J.-C. La *Poétique*, redécouverte à la Renaissance, devient pour le dramaturge français classique bien plus qu'un traité : une **grille de construction inviolable**. Racine suit scrupuleusement les trois unités aristotéliciennes — d'action, de temps et de lieu — qui régissent l'enchaînement implacable de ses tragédies. Dans *Phèdre* (1677) et *Andromaque* (1667), chaque coup de théâtre obéit à la **péripétie** et à la **reconnaissance** définies par le Stagirite. La notion de **catharsis** — cette purgation des passions par laquelle le spectateur épouse la chute de l'héros — structure l'effet recherché par Racine. Humaniste formé au grec ancien, Racine lisait Aristote en direct, non par traductions interposées. Il ne s'agit pas d'imitation servile, mais d'une transmutation : faire de la théorie philosophique antique une **machine dramatique vivante** où chaque émotion, chaque silence obéit à la même logique rigoureuse que la démonstration logique. La dramaturgie racinienne *est* Aristote à l'œuvre dans la langue française du XVIIe siècle.
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