Hannah Arendt, lisant Karl Marx au cœur du XXe siècle ravagé par les totalitarismes, refuse l'équation marxiste qui réduit l'humain à ses conditions économiques. Son critique porte précisément sur cela : **Marx absolutise le matérialisme historique**, transformant la politique en simple reflet des forces de production. Or, Arendt voit là une impasse. Dans *Condition de l'homme moderne*, elle affirme que la **vita activa** comprend trois dimensions — le travail, l'œuvre, l'action — dont seule la dernière échappe à la nécessité naturelle. Marx, en hypostasiant l'économie, **perd de vue ce qui rend la liberté possible** : la capacité humaine à inaugurer du nouveau dans l'espace public, ensemble. Le désaccord s'aiguise lors des années 1950-60, à travers la réception critique qu'Arendt réserve aux idées léninistes et stalinistes issues du marxisme soviétique. Elle diagnostique un **déterminisme fataliste** ; le matérialisme historique devient instrument de légitimation du totalitarisme. Contre Marx et ses héritiers, Arendt restaure l'**autonomie de la sphère politique** : celle-ci n'est pas superstructure, mais dimension première du vivre-ensemble. Cette relecture critique ne nie pas la perspicacité marxiste sur le capitalisme, mais en rejette l'ontologie réductrice. Arendt recalibre la pensée du politique au-delà de l'économie.
Lien probable, faisceau d'indices.