Gilles Deleuze, en théorisant le **plan d'immanence**, n'a jamais explicitement commenté l'œuvre de Vassily Kandinsky ; pourtant, leur convergence s'impose comme évidence philosophique et plastique. Kandinsky rejette la représentation figurative pour accéder à une **immanence visuelle** — celle où la couleur ne renvoie plus au monde extérieur, mais jaillit d'elle-même, se suffit à soi. C'est précisément ce que Deleuze appelle l'immanence : ce qui existe en soi, sans médiation, sans transcendance. Là où la peinture académique demande au spectateur de *reconnaître* une forme représentée, Kandinsky le convie à *sentir* directement un devenir formel — lignes, teintes, rythmes qui pulsent selon leur propre logique vitale. Dans cette démarche, Deleuze y reconnaîtrait cette prolifération du **différentiel**, cette multiplicité sans centre que sa philosophie du devenir valorise. Quand l'abstraction kandinskienne refuse l'objet pour libérer le flux des intensités pures, elle crée précisément sur la toile ce que Deleuze nomme le plan d'immanence : une surface où tout se déploie sans hiérarchie assignée d'avance, où le sens germe du mouvement seul.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.