Rimbaud et Méliès partagent une fureur identique : abolir l'ordre apparent du réel. Le poète des *Illuminations* fragmente la syntaxe jusqu'à l'oracle halluciné, imposant au lecteur une perception vertigineuse. Méliès, contemporain de cette poésie, invente l'inverse : il détourne l'appareil filmique — arrêts de caméra, surimpression, trucages — pour faire jaillir des images que le monde refuse. Quand Rimbaud écrit le *Bateau ivre*, il impose une ivresse textuelle. Quand Méliès filme *Le Voyage dans la Lune* (1902), la caméra devient baguette magique : la Lune se mange, les vides se peuplent de créatures impossibles. L'un révolutionne le code du langage, l'autre la technologie de l'écran. Nés à une génération d'écart, tous deux refusent l'imitation docile. En ce sens, Méliès **cinématise** les révolutions perceptives que Rimbaud proposait au lecteur. Il transplante la **hallucination rimbaldienne** — ce vertige où les mots ne disent plus le monde, mais le **transfigurent** — dans le registre de l'image lumineuse. Caméra et plume deviennent deux instruments d'une même insoumission : faire voir (ou lire) ce qui n'existe pas.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.