Gabriel García Márquez cristallise le **réalisme magique** en une poétique de portée universelle. Bien que le courant émerge dès les années 1950 en Amérique latine, c'est avec Cent ans de solitude (1967) que García Márquez en fait un idiome mondial. Son génie tient à la fusion sans heurt entre l'**ordinaire et le merveilleux** : chez lui, les fantômes marchent aux côtés des vivants à Macondo, non comme rupture mais comme continuation naturelle du réel. Ce geste — suspendre la séparation entre rationnel et magique — redéfinit le courant. Tandis qu'on y voyait avant tout une technique formelle, García Márquez en forge une **cosmologie**, un univers où chaque événement surnaturel s'enracine dans l'histoire collective d'une famille. La **solitude** omniprésente — celle des hommes face au temps, aux guerres, à l'oubli — devient le terreau du magique. Ce réalisme magique-là, coloré, généreux, traversé d'une tendresse inquiète pour l'humanité, a réécrit les possibilités de la fiction latino-américaine et influencé durablement les lettres du XXe siècle finissant.
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