Francisco de Goya se tient à la charnière de deux mondes : formé sous le Siècle des Lumières, il peint pourtant les fondations du Romantisme. Ses toiles des années 1810-1820, en particulier les **Peintures noires**, marquent cette bifurcation. Tandis que l'esthétique classique demeure attachée à l'harmonie, Goya déploie une **vision tourmentée**, saturée de ténèbres psychologiques et traversée par une charge politique viscérale. Il rompt avec les conventions : les figures se contorsionnent, les regards jaillissent d'une intensité presque hallucinatoire, les blancs épousent les noirs les plus profonds. La série des **Caprices** (1799) trace déjà un univers d'irrationnel et de critique sociale que le Romantisme s'apprêtait à magnifier. Entre portraiture d'État et intimisme forcené, Goya forgea les instruments plastiques dont Delacroix ou Caspar David Friedrich feront leur grammaire visuelle. Ce refus de la beauté lisse, cette conviction que la peinture peut explorer l'**inconscient** et canaliser la **passion** brute, ancrent le Romantisme pictural dans une généalogie concrète, antérieure au mouvement lui-même.
Lien probable, faisceau d'indices.