L'Ulysse de James Joyce (1922) et Bitches Brew de Miles Davis (1970) incarnent une même révolution formelle qui traverse deux disciplines à cinquante ans d'intervalle. Joyce pulvérise la chronologie narrative, éparpille les voix dans un **flux de conscience vertigineux** où chaque page écrase les frontières entre registres de langue, réalité et fantasme. Miles Davis, quatre décennies plus tard, opère une subversion parallèle : Bitches Brew fragmente la **structure harmonique du jazz**, superpose les textures électriques, refuse la résolution attendue. Ces deux chefs-d'œuvre partagent une conviction commune : la **complexité n'est pas décor mais essence**. Là où la modernité attendait clarté et progression linéaire, Joyce et Davis versent l'ambiguïté, la polyphonie non résolvable. L'un peuple Dublin d'échos entrecroisés ; l'autre fait surgir des nappes d'électricité d'où émerge sporadiquement la trompette de Miles, altérée, distordue. Le pont réside dans cette architecture du doute : Ulysse refuse de boucler ses énigmes textuelles, Bitches Brew refuse de conclure harmoniquement. Tous deux offrent une **esthétique de la non-résolution**, où l'intelligence contemporaine se mesure non à la maîtrise du sens mais à sa saturation délibérée. Deux monuments de l'ambition avant-gardiste qui font du chaos fragmenté leur loi formelle.
Lien probable, faisceau d'indices.