Diane Arbus et Sigmund Freud séparent un siècle de pratiques, la chambre noire de l'une répondant au cabinet de l'autre. Pourtant, tous deux interrogent un même objet : **l'altérité comme symptôme du psychique collectif**. Freud avait nommé *Unheimliche* cette étrangeté tapie dans le familier, ce trouble vertigineux où nous devinons le refoulé. Arbus le photographie — ces corps anomalies, ces visages extraits des marges urbaines, ces créatures de cirque que la norme écrase. Ses clichés des années 1960-70 ne cèdent jamais à l'exotisme ou la pitié : ils forcent le spectateur à interroger son propre dégoût, sa fascination mêlée d'horreur face à la différence. C'est une **enquête formelle du refoulé**, où chaque tirage devient surface d'inscription du trouble collectif. L'objectif opère comme un **instrument psychanalytique** ; la photographie, comme un rêve qu'on aurait arrêté. Là où Freud écoutait les mots trahissant l'inconscient, Arbus compose une **rhétorique du regard**, obligeant le visible à dire ce qu'il cache.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.