La circulation du système Stanislavski à travers le cinéma du XXe siècle trouve une terre fertile dans l'œuvre d'Akira Kurosawa. Stanislavski, qui révolutionna la pratique scénique en imposant la **psychologisation du jeu actoral**, fonda sa méthode sur l'introspection émotionnelle et l'authenticité du personnage. Kurosawa reprit cette quête : ses acteurs ne devaient pas effleurer la surface du rôle, mais explorer les arcanes psychologiques cachées. Toshiro Mifune, compagnon récurrent du metteur en scène, exemplifie ce principe — son jeu, tendu et dense, porte l'empreinte stanislavskienne du travail sur l'intention souterraine. *Rashomon* (1950) cristallise ce pont entre théâtre et cinéma : chaque version de la même scène ne multiplie pas les variantes superficielles, mais déploie des **architectures émotionnelles** distinctes, dignes du **système** russe. Ce qui traversa les océans, c'est bien cette exigence de **profondeur intérieure** — du protocole scénique à la mise en cadre cinématographique, Kurosawa hérite de la conviction stanislavskienne qu'une vérité actoriale vaut plus que mille ornements.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.