Charles Dickens et Émile Zola ne se sont jamais rencontrés, pourtant le premier a profondément modelé l'ambition du second. Entre *Oliver Twist* et les rues pavées d'*Assommoir*, existe une **généalogie littéraire claire**. Dickens, écrivain anglais du XIXe siècle, révolutionne le roman en plaçant les **conditions sociales** au cœur du récit : orphelins exploités, usines toxiques, prisons surpeuplées. Son regard, teinté de compassion victorienne, donne une dignité narrative aux sans-grade. Zola, découvrant Dickens durant sa jeunesse parisienne, saisit l'essentiel : le roman peut enquêter sur la **réalité tangible**, sans détour moralisateur. Là où Dickens attendrissait sur les plaies de Londres, Zola systématise, théorise. Il forge le **naturalisme** — une entreprise de documentation scientifique du réel social, où l'écrivain devient observateur clinique. *L'Assommoir* (1877), *Nana*, *Germinal* matérialisent cette radicalisation : plus de sentimentalité, mais l'**analyse crue** des mécanismes sociaux. Dickens ouvre le chemin au roman social moderne ; Zola y construit un laboratoire expérimental. Entre le réalisme émouvant du Britannique et l'ambition naturaliste du Français naît une nouvelle conception du **pouvoir du roman** : transformer la réalité observable en matière d'art.
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