La critique rockologique n'hésite pas à le proclamer : **Bob Dylan** demeure le **Rimbaud du rock**. Cette filiation, au-delà du simple parallèle, saisit quelque chose d'essentiel à la trajectoire du musicien américain. Comme l'auteur des *Illuminations*, Dylan s'est construit en rebelle, refusant les frontières génériques et les attentes de son époque. Le poète du Minnesota a porté la guitare électrique à la Renaissance musicale des années soixante tout comme Rimbaud avait fracassé la **prosodie classique** au XIXe siècle—transformant les instruments en armes de subversion poétique. Ce qui unit ces deux figures, c'est leur approche radicale de l'**alchimie verbale**. Rimbaud parlait du **dérèglement de tous les sens** pour accéder à l'inconnu ; Dylan, lui, a conçu ses textes comme des énigmes volontaires, des archipels de sens où la musique et les paroles refusent l'évidence. Son *Blonde on Blonde* (1966), album de références désarticulées et d'images hallucinées, pourrait être lu comme une *Saison en Enfer* électrifiée. En 2016, quand Dylan reçut le **Nobel de littérature**, ce prix reconnut enfin que la poésie n'avait jamais eu besoin de frontières entre musique et texte. Le rock pouvait être littérature. Rimbaud, prophète fou du XIXe, l'avait deviné bien avant.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.