Le **Théâtre de la cruauté** d'Antonin Artaud et la provocation plastique de Marcel Duchamp convergent dans un même refus de la docilité esthétique. Tandis que Duchamp détourne l'objet quotidien — la roue de bicyclette, l'urinoir — pour corroder les frontières de l'art, Artaud exige du théâtre qu'il cesse d'être spectacle policé pour devenir **choc physique** sur le corps du spectateur. Tous deux rejettent la contemplation passive : chez Duchamp, l'acte subversif dépossède celui qui regarde de ses certitudes sur ce qui mérite le nom d'art ; chez Artaud, le comédien doit être **arme** contre l'indifférence, la passivité du public. Cette alliance révèle une époque où les avant-gardes parisiennes des années 1920-1930 ne toléraient plus la séparation entre transgression formelle et intensité vécue. Aucun deux ne peint ou ne joue pour plaire : l'un travaille avec la mécanique du doute, l'autre avec la grammaire de la douleur. Deux logiques d'un même geste — réveiller le spectateur par le malaise, le forcer à sentir plutôt que rêver.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.