La filiation entre **Alan Turing** et **Tetris** n'est pas d'abord narrative, mais structurelle. Turing n'a jamais envisagé les jeux vidéo — il faut attendre Alexei Pajitnov en 1984 pour voir le premier bloc tomber —, mais il a gravé en mathématiques la mécanique même qui les rend possibles. Sa **machine abstraite** (1936) posait une question fondamentale : qu'est-ce qu'un calcul ? Cette réponse a architecturé l'informatique moderne. Tetris, c'est l'ordinaire rendu jouable. Chaque bloc qui chute obéit à des règles discrètes, déterministes, itérables — les propriétés mêmes que Turing avait isolées comme essentielles au **calcul effectif**. L'architecture **Von Neumann**, qui gouverne presque tous nos ordinateurs, descend directement des modèles théoriques de Turing. Dès lors, chaque rotation, chaque placement de pièce s'effectue sur le socle mathématique qu'il avait fondé. C'est pourquoi Tetris peut captiver : il manifeste ludiquement une théorie de la calculabilité. Turing avait déjà pensé comment les machines pourraient résoudre les problèmes. Tetris montre qu'elles peuvent aussi les poser comme jeux, infiniment renouvelés.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.