Paul Bocuse a défini les contours d'une gastronomie française libérée des canons classiques, en posant les fondements de la **nouvelle cuisine** dans les années 1960. Alain Ducasse, figure de la génération suivante, reconnaît cette filiation tout en la transformant radicalement. Là où Bocuse incarnait l'ambassadeur national d'une cuisine parisienne réinventée, Ducasse construit un **empire culinaire transfrontalier**, ancré dans la même obsession pour la qualité des produits mais projeté vers une géographie gastronomique globale. Le maître lyonnais avait restauré le prestige de la cuisine française face aux traditions étrangères ; son héritier direct la **conjugue au pluriel**, explorant les cuisines méditerranéennes et asiatiques, établissant des dialogues entre territoires. Cette transmission se mesure moins dans le copier-coller technique que dans l'éthique partagée : une cuisine qui pense, qui raisonne, qui refuse les conventions figées. Ducasse porte ainsi plus loin l'intuition de Bocuse — celle que la gastronomie demeure un art vivant, capable de se réinventer à chaque génération sans renier ses racines.
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