Marcel Proust, dans son monumental *À la recherche du temps perdu*, fait de l'instant où le narrateur trempe une madeleine dans une tasse de thé le **déclencheur d'une épiphanie mnésique** sans équivalent. Or, ce geste apparemment anodin prolonge directement la théorie que Jean Anthelme Brillat-Savarin avait développée près d'un siècle plus tôt dans sa *Physiologie du goût* (1825) : la conviction que les sensations culinaires — le goût, l'odeur, la texture — constituent des **portes privilégiées vers la mémoire involontaire**. Brillat-Savarin, gastronome et physiologiste, avait posé que le palais n'était pas qu'un instrument de plaisir hédoniste, mais un **vecteur de conscience temporelle**, capable de ressusciter intact le passé. Proust, deux générations plus tard, transfigure cette intuition scientifique en expérience métaphysique. La madeleine imbibée ne relève pas du hasard : elle incarne la fusion entre la discipline du goût théorisée par Brillat-Savarin et la quête existentielle du temps perdu. Ce faisant, l'auteur élève la gastronomie au rang de **porte royale de la connaissance**, validant ainsi l'intuition du juriste-gourmand selon laquelle on ne pense jamais mieux que quand on a senti.
Lien probable, faisceau d'indices.