À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard n'est pas une adaptation de Sartre, mais son incarnation cinématographique la plus nue. Michel Poiccard, le héros insouciant du film, vole, tue, ment sans tourment philosophique véritable — c'est la liberté sartrienne mise à l'écran, cette responsabilité absolue dont nous nous défaussons par la **mauvaise foi**. La pensée existentialiste de **Jean-Paul Sartre**, qui domine l'intelligentsia parisienne depuis 1945, énonce que l'homme est « condamné à être libre », jeté dans l'existence sans essence prédéfinie qui l'excuse. Godard ne transpose pas cette doctrine écrite : il la filme directement, par les procédés formels mêmes du cinéma. Les ellipses narratives, les sauts de caméra, les digressions facétieuses deviennent la traduction cinématographique de l'absurde ontologique. Le meurtre du policier n'obéit à aucune dramatique classique ; il survient anodin, contingent, dépourvu de sens. Michel accepte son sort avec la légèreté de qui a compris l'une des intuitions majeures de Sartre : aucune essence n'existe à défendre, aucune transcendance n'attend. Ce qui fait de **À bout de souffle** bien plus qu'un film noir — c'est la mise en cinéma directe des apories que Sartre formulait dans *L'Existentialisme est un humanisme*. La caméra devient elle-même le **sujet existentiel** agissant, le corps qui choisit sans raison.
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