À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard prolonge souterrainement l'univers poétique de Charles Baudelaire. Le film actualise la **modernité urbaine** et le **flâneur parisien** que le poète avait consacrés en figures de beauté contemporaine. Godard peint, par la caméra, ce que Baudelaire avait écrit en vers : la fugacité des rencontres, l'érotisme des rues, cette excitation mélancolique face à la grande ville en mutation. Michel et Patricia, incarnant une certaine **liberté errante**, parcourent Paris sans destination, non en touristes mais en héritiers d'une conscience urbaine particulière — celle du regardeur attentif aux détails infimes, aux gestes volatiles, aux promesses éphémères. Godard transpose ici la poétique baudelairienne sur la pellicule : le **spleen** devient malaise moderne diffus, le **dandysme** se dilue en élégance casuelle, les **correspondances** se nouent dans le montage fragmenté et les ruptures tonales. Ce qui fascine le cinéaste, en réalité, c'est ce qui captivait le poète : extraire l'extraordinaire de l'ordinaire parisien, reconnaître dans chaque instant une beauté secrète. Deux regards s'entrecroisent ainsi sur une même ville, séparés d'un siècle mais unis par la même interrogation fondamentale : comment sauver la **poésie** du mouvement perpétuel de la modernité ?
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.